Lillebonne possède une longue histoire remontant au peuple gaulois des Calètes, origine du nom de la région le Pays de Caux, et dont elle fut un temps la capitale.
A la période gallo-romaine elle eut un temps de grande prospérité liée à la présence d'un port sur la Seine...
De nombreuses trouvailles de pierres taillées et polies attestent de la présence de chasseurs dans la région de Lillebonne depuis au moins la période du Paléolithique ancien (120 000 ans avant JC). Burins, racloirs, grattoirs, pointes de flèches et autres outils sortis de terre notamment au XIXe et XXe siècle témoignent d’une activité préhistorique soutenue de Gouberville à La Trinité-du-Mont en passant par Saint-Antoine-le-Forêt. Au fil des découvertes, certains amateurs (Babeau, Kuenegel, Auger…) ont ainsi été en mesure de rassembler plusieurs centaines de pièces au sein de superbes collections. Grâce à leurs donations, la plupart de ces objets sont aujourd’hui visibles au sein de différents musées de la région notamment à Lillebonne.
Fort probablement déjà d’une intense activité, le site de Lillebonne est choisi par les Romains pour fonder la nouvelle capitale des Calètes, le peuple Gaulois qui occupait l’ouest du Pays de Caux. Nous sommes au tout début de notre ère : Juliobona est née. Les premières traces datées avec précisions nous renvoient au règne de Tibère, mais c’est surtout sous Claude que la ville se développe.
Au 1er siècle, le trafic portuaire important est une source de richesse pour la cité qui est dotée de vastes et somptueux monuments. À la fin du 3ème siècle, une grande agitation secoue tout l’Empire Romain, Lillebonne n’est pas épargnée et l’archéologie livre des traces de destructions et d’incendies. Si la reconstruction est amorcée rapidement, il n’en demeure pas moins que Lillebonne semble perdre progressivement de son importance. Son port n’est plus utilisable et Rouen profite alors de son déclin pour lui ravir le flambeau.
Les travaux d’urbanisme ont été l’occasion de mettre au jour de nombreux vestiges. La phase la plus importante se situe au 19ème siècle, âge d’or du textile et du développement industriel de la ville. Lillebonne acquiert alors son prestige de ville gallo-romaine. Les érudits locaux découvrent et étudient alors successivement la statue de bronze doré (1823) actuellement présentée au musée du Louvre, les thermes de la rue des bains (1927) où était la statue féminine acéphale, le mobilier de la tombe d’un riche jeune homme, dit Marcus, en 1864, la grande mosaïque de la chasse au cerf (1870) ainsi que plusieurs habitations de notables locaux. La trace la plus visible de l’apogée de Lillebonne reste aujourd’hui le théâtre-amphithéâtre, sur un site préservé de toute construction ultérieure.
Relativement peu d’informations sont parvenues jusqu’à nous de la première partie du Haut Moyen-Âge (du Ve au XIe siècle). Au IXe siècle, les raids des Vikings venus du Grand Nord bouleversent semble-t-il assez peu la vie de Lillebonne. Les chefs scandinaves prennent possession de la ville où ils installent leur résidence. C’est l’origine du château ducal de Lillebonne où les princes normands aimeront séjourner jusqu’au milieu du XIIe siècle. Si l’affaire n’est pas certaine d’un point de vue historique, on dit que Guillaume le Bâtard, futur Conquérant, aurait réuni ici ses barons pour ordonner la conquête de l’Angleterre. C’est en tout cas ici que Guillaume a convoqué ses évêques pour tenir le concile de Lillebonne.
Un peu plus tard, c’est le Roi de France Philippe-Auguste qui fait construire à Lillebonne le donjon encore visible aujourd’hui. Passé entre les mains de la famille d’Harcourt, le château voit ses fortifications enrichies d’une seconde tour octogonale au tracé rarissime. Touchée de plein fouet par la Guerre de Cent-Ans (1337-1453), la région de Lillebonne connaît alors une période d’insécurité importante. Une partie du palais de Guillaume le Conquérant était encore visible au XIXème siècle.
De la ville fière et noble qu’elle était jusqu’alors, Lillebonne semble réduite à n’être plus qu’une petite bourgade perdue dans la campagne jusqu’à disparaître des cartes officielles ! D’après certains calculs, Lillebonne ne compte plus que 1200 habitants au XVIIIe siècle. Lillebonne n’en demeure pas moins le cœur géographique du Comté d’Harcourt s’étendant jusqu’à Caudebec et à Fauville. Plusieurs moulins existent à cette époque, servant à broyer le blé, l’écorce de chêne (le tan) ou encore à produire de l’huile.
Le commerce local concentré autour du marché du mercredi et de la Foire annuelle de la Saint Denis où l’on vend surtout du miel, attire la clientèle rurale des paroisses alentour. Par ailleurs, le château, laissé à l’abandon, semble entièrement couverts de lierre. Comme le rapporte Bernardin de Saint-Pierre à la fin du XVIIIe : “Du milieu de la cour, où je ne crois pas qu’il soit facile de pénétrer, s’élèvent de hautes tours crénelées, du sommet desquelles sortent de grands arbres qui paraissent dans les airs comme une épaisse chevelure”.
En 1789, le Comté de Lillebonne, placé sous le pouvoir du duc François-Marie d’Harcourt, s’étend sur 17 paroisses. Nul ne sait comment réagissent les Lillebonnais à la prise de la Bastille, ni à la proclamation de l’abolition des privilèges du 4 août. En revanche, les ventes des biens du clergé entamées en 1791 à Caudebec attirent tous les notables et commerçants des environs. C’est à cette occasion que Bégouën de Meaux, grand négociant du Havre, devient propriétaire de l’abbaye du Valasse. Malgré le soulagement que l’on imagine (notamment la libération d’un impôt devenu exorbitant), les problèmes de subsistance rattrapent vite la commune de Lillebonne. La raréfaction du blé engendra une flambée du prix du pain.
A Lillebonne comme ailleurs, des sociétés populaires composées de citoyens volontaires émergent spontanément pour administrer la commune. Sous la Terreur, si les arrestations sont rares à Lillebonne, la méfiance et la vigilance prédominent. La commune de Lillebonne ou de la Bonne Réunion est créée par le regroupement des trois paroisses de Notre Dame, Saint Denis et du Mesnil sous Lillebonne.
Initié dès 1793 par la création de la première filature mécanique hydraulique du département par un certain Lemaistre, le XIXe siècle sonne pour Lillebonne l’heure de la révolution industrielle. Elle est bientôt imitée et les usines se multiplient dans toute la région : en 1806, Lillebonne et Bolbec comptent à elles deux quelque 11 filatures.
De progrès techniques (notamment l’avènement de tissages mécaniques entre 1830 et 1850) en investissements, rien ne semble pouvoir enrayer la croissance d’une ville qui troque ainsi son statut de petite bourgade rurale en véritable centre urbain, second pôle industriel de la vallée du Commerce. Dans le siècle de Zola, la condition ouvrière n’en demeure pas moins des plus misérable.
Le fléau de la Grande Guerre touche Lillebonne de plein fouet. Outre la mobilisation générale qui vide une ville fortement industrialisée de ses forces vives, les restrictions en tout genre pèsent sur le quotidien. Lillebonne payera un lourd tribut à cette guerre : le recensement de 1921 ne dénombre que 5488 habitants au lieu de 5648, 10 ans auparavant. C’est dans l’entre-deux-guerres qu’apparaissent les premières industries pétrolières sur un site choisi pour sa position idéale entre Rouen et Le Havre. Sous l’Occupation, comme partout, la pénurie s’installe et le marché noir fait son apparition. Dès 1941, de petits groupes de Lillebonnais décident de résister à l’occupant.
Le 29 avril 1944, la ville est touchée par les bombardements alliés, mais de nombreux Lillebonnais ont la vie sauve grâce à la défaillance de plusieurs bombes qui frappent le centre-ville sans exploser. Lillebonne est libérée par les alliés le dimanche 3 septembre 1944.
Volontairement détruit avant l’arrivée des Allemands, le site de Port-Jérôme renaît dès 1945. Les implantations de grands groupes de pétrochimie se succèdent à partir de 1957, affirmant la vocation de la ville qui se transforme dès lors d’une façon spectaculaire. A l’aube du XXIe siècle, Lillebonne est ainsi doté d’infrastructures de premier plan lui permettant de tirer profit d’une situation géographique privilégiée. Et de regarder l’avenir avec la sérénité d’une ville compétitive et attractive.







